Leur nouveau copain
Il ne faisait pas très froid pour un mois de janvier et d’après les cris joyeux que j’entendais, les enfants s’en donnaient à cœur joie dans le parc de notre cité. L’été les platanes bien feuillus m’empêchaient de voir les jeux et le bac à sable où ils étaient en ce moment.Du haut de ma tour de contrôle, pardon de mon balcon, je pouvais les surveiller.
La pendule indiquait 16h30 donc mes affamés perpétuels ne tarderaient pas à rentrer aussi je préparais le goûter.
Tiens ils n’ont pas faim aujourd’hui, me dis-je alors que les cloches de l’église sonnaient 17h.
Quelques minutes plus tard on aurait pu croire qu’une colonie de vacances entière était en train de gravir les étages. Toc toc toc … En ouvrant la porte j’ai compris de suite la cause de leur retard. Une chose marron, recouverte de poils, ayant 4 pattes et qui aboie, les suivait. Ce chien était vraiment très beau.
- Regardes maman comme il est gentil, on a bien joué avec lui tu sais !
- Je crois qu’il est perdu.
- Il a l’air d’avoir soif.
Des avocats de la défense n’auraient pas fait mieux que mes lascars. Je lui donnais donc à boire sur le palier qu’il n’avait pas quitté.
- C’est vrai qu’il a l’air gentil mais il a sûrement bien des maîtres. Dis-je d’un air faussement sévère.
- Mais non, reprend Stéphane, il parait que ça fait plusieurs jours qu’il traîne dans le parc.
- Dis maman on peut le garder ? Ajouta Arnaud.
A ce moment précis il y avait en moi une foule de sentiments contradictoires. La raison emporta le 1er round.
- J’ai bien assez de travail comme ça sans m’encombrer d’un chien ! Et je refermais la porte en évitant de croiser le regard de la pauvre bête.
Dans l’heure qui suivit, cette même porte a du être ouverte au moins 20 fois. Chaque fois j’avais droit à la même réflexion : « Tu sais il est encore là ».
Ils remportèrent le 2ème round, ils m’avaient eue à l’usure.
- C’est bon il peut passer la nuit ici mais demain dehors !
Je dois reconnaître qu’il avait été très sage durant la nuit. Pour une fois je n’eus pas de mal à faire se lever la marmaille.
Comme chaque matin je conduisais les enfants à l’école avec le minibus. Le chien nous avait précédé dans la rue et fit rapidement ses besoins. Avant que j’eu le temps de réaliser il monta dans la voiture pour s’installer sur la banquette arrière ! S’il voulut bien laisser un peu de place aux enfants, il ne fut pas question par contre qu’il descende de son «taxi».
Je me disais qu’en voyant les petits sortir devant l’école, il en ferait autant, mais la suite me montra le contraire. A mon retour chez moi je lui ouvris la portière mais là encore je m’étais fait des illusions. J’avançais la main vers son collier et la retirais prestement devant ses crocs menaçants. Quel ingrat tout de même.
- Tu ne vas tout de même pas rester là toute la matinée ? M’inquiétais-je. Apparemment c’était pourtant bien son intention.
Par la fenêtre de la cuisine je pouvais l’observer, il ne bougeait pas.
A l’heure de sortie des petits, je pénétrais avec la prudence d’un dompteur dan « ma voiture » rien ne se passa.
Je ne saurais vous dire qui du chien ou des enfants fut le plus heureux des retrouvailles. Le tout descendit sans histoire. Naturellement il fut encore le 1er arrivé devant la porte.
Au moment du repas, chaque enfant laissa un peu de sa part car je n’avais rien prévu pour nourrir ce chien.
- On va l’appeler comment ? Dit Stéphane.
- Il doit déjà avoir un nom mais lequel ? On va bien voir.
Tous les noms qui nous venaient à l’esprit furent essayés sans succès, aucun ne semblait être le sien. Mais comme il réagissait au son de « Beau chien » c’est ainsi qu’on l’appela.
Nous l’avons déclaré à la gendarmerie, à la SPA, jamais personne ne l’a réclamé.
C’est ainsi que Beauchien qui ne devait rester qu’une seule nuit chez nous y passa de longues et belles années.
Le voici avec ma mère
Et avec moi plus tard à la villa
Il va sans dire qu'il nous accompagnait partout. En pique nique il se couchait sous la table, se levant et l'emportant avec lui ou devant la roue de la voiture afin qu'on ne parte pas sans lui.


